Les chemins de l’errance est mon premier projet de photographie argentique à tendance documentaire. Il est le fruit de trois mois passés en Ukraine et dans ses pays limitrophes pendant les tous premiers mois de l’invasion russe, et de quatre mois de travail dans l’obscurité d’une chambre noire.

Dans ce projet, j’ai voulu partir de l’exode massif des Ukrainiens, et remonter progressivement leur chemin vers les causes de leur fuite. J’ai voulu interroger le réel de mes propres yeux, non pas en examinant seulement les soi-disant faits, mais aussi en questionnant leur complexité philosophique, historique et morale, en tentant d’extraire de ces événements particuliers nos luttes métaphysiques : l’absurdité de la vie, la perte de notre enfance, la solitude fondamentale, le cycle sans fin de la violence, du chagrin et de la douleur. J’ai tenté de dire à ma manière ce monde en guerre, ce monde qui se délite au rythme des bombardements et des vies qui disparaissent. J’ai voulu également partager, à travers mes propres émotions, et autant que faire se peut, le ressenti des Ukrainiens, ceux qui ont pris la route pour fuir la violence des combats, comme ceux restés là-bas.

Sans expérience du photojournalisme ni des zones de conflit, je suis parti avec ma voiture, aménagée en maison de fortune quelques semaines plus tôt. J’ai parcouru la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, la Moldavie et l’Ukraine pour revenir avec ces images qui, je l’espère, témoignent à leur manière de la réalité de la guerre. Tous les développements et les tirages ont été réalisés par mes soins dans le sous-sol de mes grands-parents transformé en chambre noire depuis quelques années. J’ai choisi le medium argentique pour embrasser un temps plus long, et ainsi interroger différemment le réel. Mais aussi pour mettre en avant l’atemporalité de cette guerre qui, comme les autres, structure tristement la marche de l’Histoire.

Remonter ces chemins de l’errance, donc, ces chemins que nous avons en partage, dans l’espoir d’en construire de plus beaux, de plus doux, où la vie humaine et le vivre ensemble ne seraient pas tributaires de la démesure de l’ego.

Le livre est composé de 5 parties.
Les deux premières portent sur l’exode. Les trois autres sur les stigmates de la guerre sur le sol ukrainien (Lviv, Kyiv, Tchernihiv, Kharkiv, mais aussi Boutcha, Borodyanka, Hostomel, Irpin, et d’autres encore). A la fin, vous verrez dans quelles conditions j’ai voyagé pendant une bonne partie du périple (une 206 aménagée quelques semaines avant l’invasion russe).


Un grand merci à François Bombard, Stéphane Bourin et Olfa Ayed pour ce portrait sur France 3 Poitou-Charentes. https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/videos-un-photographe-poitevin-documente-la-guerre-en-ukraine-et-l-exode-des-populations-2669252.html

Mille mercis, également, à « 7 à Poitiers » et Arnault Varanne pour ces très jolis mots. https://www.le7.info/article/20626-bastien-reau-dans-loeil-du-cyclone